Après Jules Alingete, l’IGF devenu l’ombre de lui-même !
C’est toucher à un point sensible et révélateur de la vie institutionnelle quand dans la vie, l’on se rend souvent compte qu’il existe des personnes difficiles à remplacer à leur poste de responsabilité. L’ancien Inspecteur Général et Chef de service de l’IGF est un cas type à cet effet. Parce que depuis que Jules Alingete a été remplacé, l’IGF semble devenu l’ombre de lui-même, vivant presque sous perfusion. Ce n’est plus cette structure qui faisait trembler les dirigeants du pays, surtout les mandataires publics. Alingete a vraiment incarné son nom à celui de l’IGF au point que son absence a du mal à être oubliée. Nombreux sont ceux qui prient pour son retour aux affaires.
Cela est lié à la difficulté de succession lorsqu’une personnalité a marqué une structure par son style, son autorité et son aura. Jules Alingete, en tant qu’Inspecteur général des finances, avait réussi à donner à l’IGF une visibilité et une force de frappe rarement atteintes. Son action était perçue comme une sorte d’“épée de Damoclès” au-dessus des gestionnaires publics, ce qui renforçait la crédibilité de l’institution et la peur qu’elle inspirait.
Quand une figure incarne à ce point une institution, il y a souvent un effet de vide après son départ. Ce n’est pas seulement une question de compétence technique, mais aussi de charisme, de capacité à imposer une discipline et à incarner une mission. L’ombre qui semble avoir élu domicile à l’IGF après Alingete est en réalité le contraste entre une période où l’Inspection Généale des Finances était au centre du débat public et une phase où elle semble avoir perdu de son intensité.
Cela pose également une question plus large : faut-il que les institutions reposent sur des individus forts, ou doivent-elles être suffisamment structurées pour que leur efficacité survive aux changements de leadership ? Dans le cas de l’IGF, on dirait que l’institution n’a pas encore trouvé comment maintenir la même vigueur sans la personnalité d’Alingete.
Est-ce que ce vide est dû à la personnalité irremplaçable d’Alingete, ou bien au fait que l’IGF n’a pas encore consolidé ses mécanismes internes pour fonctionner avec la même rigueur, quel que soit le chef en place ? Cette question mérite d’être posée parce que d’autres cas sont nombreux à l’international où une institution a perdu de sa force après le départ d’une figure emblématique (comme la Cour des comptes en France après certains présidents, ou la Banque centrale dans certains pays africains après des gouverneurs marquants.
Plusieurs expériences ailleurs montrent que le départ d’un dirigeant emblématique peut fragiliser une structure si ses mécanismes internes ne sont pas consolidés.
En RDC, Jules Alingete a donné une visibilité nationale à l’IGF, imposé la peur aux mandataires publics, renforcé la lutte contre la corruption. Mais après lui, c’est la perte de vigueur qui s’est installée, l’institution est désormais perçue comme affaiblie, avec moins de pression sur les gestionnaires.
ALINGETE N’EST PAS UN CAS ISOLÉ...
En France, la Cour des comptes sous Philippe Séguin (2004–2010) a été synonyme de charisme politique, des rapports incisifs qui faisaient trembler les ministères et les collectivités. Après son décès, l’institution est jugée plus technique et est devenue moins médiatisée.
Au Nigeria, la Banque centrale (CBN) sous le règne de Lamido Sanusi (2009–2014) a initié des réformes audacieuses et la lutte contre la corruption bancaire s’était bien portée, avec à la clé, la grande visibilité publique. Son éviction a entraîné une perte de confiance et une baisse de transparence perçue.
L’Organisation mondiale de la santé -OMS- a vu la gestion de Gro Harlem Brundtland (1998–2003) la rendre forte en autorité, il a repositionné l’OMS comme acteur global de santé publique. Mais ses successeurs ont dû gérer une institution plus bureaucratique et moins incarnée.
L’Union africaine présidée par Alpha Oumar Konaré (2003–2008) a été l’incarnation du dynamisme et de la volonté de donner une identité forte à l’UA. Après lui, les critiques sur la lenteur et la perte de crédibilité des institutions africaines s’étaient multipliées.
ENSEIGNEMENTS TIRéS DE CES COMPARAISONS
Quand une structure repose trop sur une figure charismatique, elle brille mais devient vulnérable après son départ. Les dirigeants emblématiques savent utiliser la scène publique pour donner du poids à leur institution. Leur absence entraîne souvent une baisse de visibilité. C’est l’effet médiatique qui agit. Et Alingete a su jouer cette carte à fond.
Les institutions qui réussissent à transformer le charisme en mécanismes durables (procédures, culture interne, indépendance) survivent mieux aux changements. Tandis que beaucoup d’institutions africaines souffrent d’un manque de crédibilité structurelle, ce qui accentue l’effet de vide après le départ d’un leader fort.
RÉFLEXION POUR LE CAS DE L’IGF
Jules Alingete a incarné l’IGF comme une arme anticorruption, mais l’institution n’a pas encore consolidé ses outils pour fonctionner avec la même intensité sans lui. Le risque à ce niveau est que l’IGF redevienne une structure administrative classique, sans la capacité de “faire trembler” les gestionnaires publics. Comme il l’a été pendant des décennies et les années Kabila. La solution pour bouger les lignes, serait de renforcer les mécanismes internes (procédures, indépendance, culture de transparence) afin que l’efficacité ne dépende plus uniquement d’une personnalité.
En somme, le cas Alingete n’est pas isolé, il illustre une tension universelle entre les institutions incarnées par des figures fortes et celles capables de survivre à leurs dirigeants. La vraie question est de savoir si la RDC veut être une IGF qui vit par ses chefs, ou une IGF qui vit par ses règles ? Question à un sou.
L.B


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