les généraux congolais dépassés par la guerre du 21e siècle ?

les généraux congolais dépassés par la guerre du 21e siècle ?

Les FARDC entre trahisons et retard technologique !

Les revers des FARDC à l’Est du pays, face aux envahisseurs, ne s’expliquent pas uniquement par la « trahison interne » souvent dénoncée, pour bon nombre de spécialistes, ces travers résultent aussi d’un manque d’adaptation aux nouvelles techniques militaires numériques et d’une faiblesse structurelle dans la modernisation de la chaîne de commandement.  

Deux lectures principales des défaites des FARDC reviennent dans les conversations, notamment la thèse de la trahison interne qui constitue un discours récurrent depuis l’époque de Mobutu jusqu’aux crises du RCD, CNDP et M23, en faisant que les échecs militaires sont régulièrement attribués à des « traîtres » au sein du commandement de l’armée. Selon l‘expert des questions militaires Eugène Kabamba, cette rhétorique traduit surtout l’incapacité des élites à diagnostiquer les causes profondes telles que la corruption, l’absence de projet collectif, le pillage des ressources et la démoralisation des troupes. Concernant le volet de la conséquence pratique, il s’avére selon le même expert, que la suspicion permanente mine la cohésion interne et détourne l’attention des réformes structurelles nécessaires.

Faisant allusion au défi technologique et numérique qui constituerait le talon d’Achille de l’armée, ceux qui en parlent s’appuient sur la supériorité technologique des adversaires, soulignent que le M23, soutenu par le Rwanda, exploite des outils modernes de communication, de renseignement et de coordination numérique, ce qui accentue l’écart avec les FARDC. 

Le Secrétaire Général de l’ONU n’avait pas eu froid aux yeux pour le clamer haut et fort, en révélant que mêmes les capacités matériels des forces onusiennes en RDC n’ont pas de commune mesure avec ce que possèdent les M23/AFC. Une déclaration osée qui n’avait pas manqué de jeter de l’huile au feu en son temps.

Le manque d’adaptation aux nouvelles techniques de combats vient apporter sa part d’inquiétude au problème dés lors que l’armée congolaise reste largement organisée selon des schémas classiques, sans intégration systématique de la digitalisation (drones, surveillance électronique, cyberstratégie). Dans ce cas, le résultat veut que les FARDC se retrouvent souvent en retard tactique, incapables de contrer des offensives coordonnées et technologiquement appuyées, déplore un attaché militaire d’une ambassade.

Il a confié que les généraux congolais ne sont pas des traîtres. Ils sont simplement dépassés par la guerre du 21ème siècle.

 

A part cette lecture des faits, du reste soutenable, il est aussi certain que les réseaux sociaux m'ont apporté des élements plus précieux, à travers les échanges avec des personnes du monde politique comme celles du milieu académique. Ces discussions se transforment parfois en véritables moments d'apprentissage.

DES RÉVÉLATIONS ACCABLANTES...

C’est le cas de trois quarts d'heure particulièrement enrichissants passés à échanger avec un expert en questions militaires, ancien membre des Forces Armées Congolaise (1998–2003) et aujourd’hui actif dans le secteur de l'armement en Occident.

De lui j’ai été surpris d’apprendre que si Félix Tshisekedi pense qu'il est trahi, ce n'est pas le cas. La vérité, selon lui, c’est que les généraux congolais n'ont aucune idée de la guerre du 21ème Siècle, qui est une combinaison de plusieurs facteurs : les drones, les brouillages et les contre-mesures électroniques, les munitions guidées et intelligentes, les nouvelles tactiques de combat d'infanterie (où l’on privilégie l'usage d'unités légères et mobiles, à l'échelon de peloton, car cela facilite les infiltrations et les débordements). Malheureusement dans cette guerre, dit-il, les FARDC utilisent encore des unités lourdes, difficilement manœuvrables, à l'échelon de bataillons, regiments et brigades. Nombreux sont devenus généraux sans avoir été formés, du coup ils ont du mal à comprendre ces choses qui font la guerre au 21è Siècle, regrette cet expert qui, du reste, ne s’explique nullement que l'acquisition des matériels militaires soit confiée à des personnes sans aucune expérience ni connaissance militaires, pour la plupart, des proches du Président de la République (Kao Mandungu, Jacques Tshibanda, Pasteur Shekinah, etc.). Ils auraient créé des sociétés écrans, agrées par le Ministère de la Défense et l'Etat-major général des FARDC pour acheter des armes et matériels militaires. Dans leur travail, ils n'associent presque pas les experts de la Direction logistique des FARDC (G4), ni ceux de la Direction logistique du Ministère de la Défense, dénonce cet expert, en soulignant que la conséquence de cette supercherie qui a tout d’une trahison, est la surfacturation des commandes, les matériels inadaptés, et souvent vieux (comme les gilets pare-balles périmés d'origine serbe, qui ont causé de nombreux morts dans les rangs des FARDC lors de la bataille de Goma).

LE FRUIT DE LA PATIENCE...

L'AFC/M23 avait pris tout son temps pour mener l'offensive de la pleine de la Ruzizi. Ils avaient d'abord besoin d'une masse critique en effectifs, ce qui allait leur permettre d'égaliser et dépasser les troupes de la coalition formée autour des FARDC. Ils avaient aussi besoin d'acquérir des drones kamikazes "Filoguider" à fibres optiques FPV (qui sont invulnérables face aux brouilleurs de drones que les FARDC ont acquis en Inde). Ces drones kamikazes ont détruit les différents convois logistique qui quittaient Uvira pour ravitailler Luvungi en munitions, carburant et vivres. Une fois la logistique FARDC neutralisée, la bataille de Luvungi était perdue. 

Autre chose à savoir est qu’il était nécessaire d'avoir des pièces de rechange pour remettre en marche tous les chars T-55+T-59, les véhicules blindés Batt UMG, M53/59 Praga, les véhicules blindés BMP-1 ainsi que les pièces d'artillerie de 105 mm, 122mm, 130 mm, 152 mm, les mortiers des différents calibres (60mm, 81mm, 82mm, 120mm), et surtout les redoutables lance-roquettes multiples longue portée bastions 122mm (ukrainiens) et RM-70 (tchèques) récupérés essentiellement à Goma lors de la chute de cette ville. 40% des équipements lourds des FARDC, a fait savoir l’expert, étaient stationnés à Goma et à Bukavu. La rébellion qui a hérité de ce puissant arsenal l’a remis intégralement en marche, avec des pièces détachées et des experts. “Selon mes informations, ce sont des ingénieurs éthiopiens qui ont discrètement remis en état cet arsenal. Honnêtement, avec toutes les armes lourdes et les munitions récupérées à Goma, Mubambiro et Bukavu, l'AFC/M23 peut continuer son combat pendant encore plusieurs années, même sans l'aide du Rwanda et de l'Ouganda”, confié l’expert. 

L'OFFENSIVE D'UVIRA ET SES CONTOURS...

Les nouvelles troupes rebelles avaient terminé leur formation (7.500 hommes de Rumangabo, +9.700 hommes de Chanzu, 8.000 éléments de Mubambiro, +6.000 éléments formés à Rwindi, soit au total d'environ 30.000 hommes formés uniquement au cours de l'année 2025).

Comme moyens aériens, la forces rebelles et leurs soutiens ont soutenu leur offensive avec les drones FPV Filoguider et les drones bombardier baba yaga acquis en nombre suffisant et qui peuvent balancer des obus de 82mm et 60mm. Il y avait également les blindés, les chars lourds ainsi que l'artillerie lourde devenue complètement opérationnelle pour maximiser la puissance de feu.

La mise en place du dispositif anti-aerien était apmliquée pour neutraliser et affaiblir l'aviation des FARDC. Une fois que ces 4 préalables réunis, la chute d'Uvira était inéluctable. Les USA ont collecté des informations sur tout ça et leur ambassadeur aux Nations Unies l’avait dernièrement dénoncé dans la récente réunion sur la sécurité à l’Est de la RDC. C’est la raison pour laquelle, ils s'activent à stopper l'AFC/M23 dans son elan. Ils savent pertinemment bien que le mouvement risque d’aller trop loin, si tout doit se jouer sur le terrain militaire.

Le M23 a aujourd'hui des unités de drones au sein de ses bataillons, comme c'est le cas au sein des RDF, ou encore de l'UPDF. Ils ont des obus intelligents et guidés, les fameux Soltam israéliens. Ils sont efficaces dans les tirs de contre-batterie. Grâce à ces obus guidés, ils ont réussi à neutraliser l'artillerie lourde des FARDC lors de la bataille de Kamanyola. L’autre facteur de supériorité, ce sont les batteries anti-aériennes installées dans les hauteurs, ainsi que les appareils de brouillage et des contre-mesures électroniques qui neutralisent les communications haute, basse et moyenne fréquences de l’armée loyaliste qui malheureusement possède un nombre limité de radios cryptés. Ce système de brouillage réduit considérablement l'efficacité de nos forces aériennes.

Dans un cas comme dans l’autre, les deux dimensions s’entrecroisent parce que, la trahison, qu’elle soit au niveau de la collaboration avec l’ennemi Rwandais ou l’achat des équipements de guerre inadaptés, peut fragiliser la chaîne de commandement, alors que le retard numérique rend les FARDC vulnérables même sans trahison. La modernisation de l’armée et tout ce qui l’entoure devient ainsi incontournable dans la mesure où, sans adaptation aux techniques numériques, l’armée congolaise restera exposée à des défaites face à des adversaires technologiquement mieux équipés. D’où, le discours sur la trahison peut être compris comme un écran de fumée qui empêche de traiter les vraies causes telles que la corruption, l’absence de stratégie nationale et le retard technologique.  

En somme, les défaites des FARDC sont moins la conséquence d’un seul aspect lié à la trahison que d’un système militaire qui n’a pas su évoluer vers l’ère numérique, tout en restant prisonnier d’une culture politique où la suspicion remplace la réforme. 

QUAND L’AGRESSEUR MONTRE SES LIMITES

Plus le conflit s’étend en profondeur en RDC, loin de la proximité géographique avec le Rwanda, plus le M23–AFC/Rwanda se révèle un tigre de papiers. En réalité, la guerre d’agression dont la RDC est victime se planifie, se prépare et s’exécute au Rwanda, qui fournit un appui matériel, logistique, humain et technologique, comme l’a fait savoir l’ambassadeur des USA aux Nations Unies en pointant le doigt accusateur sur Paul Kagame, le citant nommement. Lorsque les pièces d’artillerie lourde, les drones kamikazes et les unités de soutien en renseignement opèrent directement depuis le territoire rwandais, les villes frontalières de la RDC deviennent des proies faciles, comme on a pu le constater à Goma.

Cependant, plus les zones de contact s’éloignent géographiquement du Rwanda, comme à Uvira, les criminels du M23–AFC/Rwanda se retrouvent en manque d’appui et ne peuvent plus opérer efficacement sans les fréquences de télécommunication de leurs radios UHF longue portée, ni sans le réseau de télécommunications cellulaire utile au pilotage des drones, principalement émis depuis le territoire rwandais.

Uvira, qui se situe à deux jours de progression optimale du Rwanda, met en évidence les faiblesses d’une armée d’agression téléguidée depuis ce pays et privée d’un appui opérationnel efficace. Les forces loyalistes de la RDC doivent capitaliser sur les campagnes offensives contre le M23–AFC/Rwanda aux alentours d’Uvira, puis viser Goma avec un renfort de brouilleurs de signaux contre les drones ennemis et les fréquences de communication émettant depuis le Rwanda. La même détermination qui paie à Uvira produira les mêmes résultats à Goma. 

Christian Lawu

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